Un nouveau livre sur « La Famille »

par Massimo Introvigne — Après le livre de Suzanne Privat, voici qu’un autre journaliste, Nicolas Jacquard du Parisien, publie un livre sur la communauté chrétienne française d’origine janséniste dite « La Famille » (Les inspirés, Paris : Robert Laffont, 2021). Ce livre est bien plus ambitieux que celui de Privat, l’auteur ayant effectué notamment un travail considérable de lecture des sources académiques sur le ancêtres jansénistes de La Famille.Il faut aussi le remercier pour avoir soulevé plusieurs questions qui n’étaient pas abordées dans la littérature précédente sur ce sujet peu connu. Le livre demeure toutefois l’enquête d’un journaliste, qui est par définition autre chose d’une étude académique, et d’un journaliste français. Ce qui veut dire qu’il partage une certaine attitude méfiante typique de la société, de la politique, et des médias français à propos des groupes qualifiés de « sectes » ou au moins soupçonnés de « dérives sectaires ». Cette attitude conduit aussi à privilégier les informations venant des « apostats ».

Les théories du « lavage de cerveau » sont-elles de retour ?

par Massimo Introvigne — Dans le quatrième article de cette série, nous avons vu comment l’action combinée des spécialistes des nouveaux mouvements religieux et des tribunaux a marginalisé les théories du « lavage de cerveau » et leur utilisation comme arme juridique contre les « sectes ». L’idée que les « sectes » pratiquent la manipulation mentale ou le « lavage de cerveau » a survécu dans les médias populaires et a inspiré des lois et des décisions de justice en dehors des États-Unis, notamment en France. Cependant, les arguments formulés par une grande majorité des principaux spécialistes des nouveaux mouvements religieux, et mentionnés dans la décision Fishman, ne concernent pas uniquement les États-Unis. Le « lavage de cerveau » et la manipulation mentale restent des concepts rejetés comme pseudo-scientifiques par une grande majorité des spécialistes de la religion (bien qu’acceptés par une minorité, et par certains psychiatres et psychologues qui ne sont pas spécialisés dans la religion). Dans la seconde moitié des années 1990, James T. Richardson, qui avait joué un rôle important dans la critique des théories anti-sectes du « lavage de cerveau », a recensé systématiquement avec quelques collègues toutes les affaires judiciaires américaines où le mot « lavage de cerveau » apparaissait.

La chute des théories du « lavage de cerveau » à la fin du vingtième siècle

par Massimo Introvigne — L’une des conséquences les plus tragiques des théories du « lavage de cerveau » appliquées aux minorités religieuses est qu’elles ont servi à justifier la pratique illégale de la « déprogrammation », qui a été créée par Ted Patrick en Californie et qui a fait florès dans les années 1970. Si leurs fils et leurs filles avaient subi un « lavage de cerveau », des parents se sentaient justifiés d’engager des « déprogrammeurs » qui prétendaient être capables d’enlever les « sectaires », de les retenir et de les persuader, plus ou moins violemment, d’abandonner les « sectes ». Dans les mêmes années, l’étude académique des nouveaux mouvements religieux est née, tant aux États-Unis qu’au Royaume-Uni. Les chercheurs qui ont étudié les mouvements critiqués en tant que « sectes » ont constaté que les conversions à ces mouvements se passaient à peu près de la même manière que les conversions à n’importe quelle autre religion, et que seul un petit pourcentage de ceux qui assistaient aux cours et aux séminaires de groupes tels que l’Église de l’Unification, étudiée en profondeur par Eileen Barker et qui utilisait prétendument des techniques miraculeuses de « lavage de cerveau », rejoignaient les groupes. Des preuves concrètes ont confirmé qu’il n’y avait pas de « lavage de cerveau » ou de manipulation mentale, et ces étiquettes et théories n’étaient pas moins pseudo-scientifiques que les anciennes affirmations selon lesquelles les « hérésies » convertissaient leurs adeptes par la magie noire.

Comment les théories du « lavage de cerveau » ont été appliquées à la religion

by Massimo Introvigne — Dans les articles précédents, nous avons vu comment la CIA a inventé le mot « lavage de cerveau » et accusé les communistes d’utiliser de sinistres techniques de contrôle mental. À un moment donné, la CIA a commencé à croire à sa propre propagande et a lancé une expérience secrète portant le nom de code MK-ULTRA, dans le cadre de laquelle elle a tenté le « lavage de cerveau » de soi-disant volontaires. Le projet a échoué et a prouvé que les techniques de « lavage de cerveau » peuvent réduire les malheureuses victimes à l’état d’épaves humaines semblables à des légumes, mais ne peuvent pas installer en elles de nouvelles idées ou loyautés. L’un de ceux qui, sans probablement savoir que le projet secret MK-ULTRA était en préparation, avait prévu que le seul résultat possible d’un « lavage de cerveau » violent serait la production de victimes ressemblant à des zombies, était le fondateur de la Scientologie, L. Ron Hubbard. Il a été impliqué de manière marginale dans les discussions de la Guerre froide sur le « lavage de cerveau », puisque l’Église de Scientologie a publié en 1955 (puis rapidement retiré, peut-être sur la suggestion d’agences gouvernementales américaines) une brochure intitulée Brain-Washing : A Synthesis of the Russian Textbook on Psychopolitics. (Lavage de cerveau : une synthèse du manuel russe de psychopolitique).

Un nouveau livre sur « La Famille »

par Massimo Introvigne — Après le livre de Suzanne Privat, voici qu’un autre journaliste, Nicolas Jacquard du Parisien, publie un livre sur la communauté chrétienne française d’origine janséniste dite « La Famille » (Les inspirés, Paris : Robert Laffont, 2021). Ce livre est bien plus ambitieux que celui de Privat, l’auteur ayant effectué notamment un travail considérable de lecture des sources académiques sur le ancêtres jansénistes de La Famille.Il faut aussi le remercier pour avoir soulevé plusieurs questions qui n’étaient pas abordées dans la littérature précédente sur ce sujet peu connu. Le livre demeure toutefois l’enquête d’un journaliste, qui est par définition autre chose d’une étude académique, et d’un journaliste français. Ce qui veut dire qu’il partage une certaine attitude méfiante typique de la société, de la politique, et des médias français à propos des groupes qualifiés de « sectes » ou au moins soupçonnés de « dérives sectaires ». Cette attitude conduit aussi à privilégier les informations venant des « apostats ».

Les théories du « lavage de cerveau » sont-elles de retour ?

par Massimo Introvigne — Dans le quatrième article de cette série, nous avons vu comment l’action combinée des spécialistes des nouveaux mouvements religieux et des tribunaux a marginalisé les théories du « lavage de cerveau » et leur utilisation comme arme juridique contre les « sectes ». L’idée que les « sectes » pratiquent la manipulation mentale ou le « lavage de cerveau » a survécu dans les médias populaires et a inspiré des lois et des décisions de justice en dehors des États-Unis, notamment en France. Cependant, les arguments formulés par une grande majorité des principaux spécialistes des nouveaux mouvements religieux, et mentionnés dans la décision Fishman, ne concernent pas uniquement les États-Unis. Le « lavage de cerveau » et la manipulation mentale restent des concepts rejetés comme pseudo-scientifiques par une grande majorité des spécialistes de la religion (bien qu’acceptés par une minorité, et par certains psychiatres et psychologues qui ne sont pas spécialisés dans la religion). Dans la seconde moitié des années 1990, James T. Richardson, qui avait joué un rôle important dans la critique des théories anti-sectes du « lavage de cerveau », a recensé systématiquement avec quelques collègues toutes les affaires judiciaires américaines où le mot « lavage de cerveau » apparaissait.